Onésime Tremblay, le combat d'une vie!

 L'inondation des terres en 1926

Si vous logez actuellement au Chalet du Havre, vous êtes sur une parcelle de l'ancienne terre d'Onésime Tremblay, un cultivateur qui, accompagné de plusieurs centaines de familles, a mené un long combat qui a commencé au début des années 1920. Monsieur Tremblay s’oppose aux décisions du gouvernement du Québec et des compagnies Duke-Price (propriété de James Buchanan Duke, homme d’affaire américain qui a fait fortune avec l’American Tobacco Company, et de William Price, de la compagnie Price Brothers) et Alcan (Saguenay Power company). Cette dernière, rachetée par Rio Tinto en 2007, opère aujourd’hui les centrales hydroélectriques, le chemin de fer et les alumineries de la région.             

Pour bien comprendre le contexte de l'époque, il y a 100 ans le lac que vous voyez devant vous n’en était pas un, c’était une vallée de 150 acres ornée d’une forêt de 60 000 ormes dont certains avaient plus de 300 ans et plus de 5 pieds de diamètre ! Une rivière en méandres traverse ces terres, la Belle Rivière qui se déverse dans le lac Saint-Jean. C’était la terre agricole et forestière d’Onésime Tremblay, considérée comme l’une des plus belles et des plus riches de la région.

Nous sommes en pleine période de l’industrialisation de la région et les besoins en hydroélectricité sont pressants. Devant les conditions d’investissement exigés par les compagnies Duke-Price et Alcan en échange du rehaussement de niveau du lac Saint-Jean, le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau donne en 1922 le privilège aux compagnies de rehausser le lac à 17,5 pieds. En faisant passer le niveau de 8 à 17,5 pieds à l’échelle du quai de Roberval, l’inondation des terres et des maisons était inévitable. Onésime Tremblay, porte-parole des familles touchées, ne pouvait accepter cette décision qui bafouait les droits de 800 agriculteurs.

Après la construction du barrage de l’Isle-Maligne, sans avertir les gens ou sans procéder à leurs expropriations, la multinationale ferme les vannes du barrage et l’eau monte, monte encore et c’est l’inondation…la tragédie. Ça se passait le 24 juin 1926, à une époque où l’expression « acceptabilité sociale » n’existait pas. Onésime Tremblay, déjà âgé de 72 ans à cette époque, prend la tête d’un comité de défense des cultivateurs. Son combat pour obtenir des dédommagements s’est rendu jusqu’au Conseil privé de Londres, le plus haut tribunal à l’époque. La famille d’Onésime Tremblay a cumulé plus de 76 000 $ de dettes pour finalement tout perdre avant d’être acculée à la faillite.  La compagnie Alcan, qui avait acheté la même année la Duke-Price, a offert à payer à Onésime Tremblay la valeur marchande de sa terre, soit 7 600 $, alors que le cultivateur réclamait la valeur de rendement de ses terres, soit une somme autour de 168 000 $.

Ses fils Raoul et Antoine ont lutté avec tout ce qu’ils avaient comme moyens pour défendre leur cause. En juillet 1933, la décision de Londres arrive chez les Tremblay. Le Conseil privé refuse de se prononcer. C’est la ruine. La terre a été vendue aux enchères par la Banque. C’est un voisin, Jos Gagnon, qui a racheté la terre, en dépit des adversaires de la famille. Après la transaction, il a demandé à Raoul, le fils d’Onésime, de cultiver la terre. Il aura fallu huit ans pour que Raoul Tremblay rachète sa terre de Jos Gagnon, qui n’aurait pas laissé un étranger l’acquérir.

Si vous allez au centre-ville de Métabetchouan (autrefois appelé Saint-Jérôme), il y a un petit parc devant la mairie où il y a un buste commémoratif en bronze d’Onésime Tremblay réalisé par sa petite fille, Yvonne Tremblay-Gagnon sur lequel on peut lire « Nous lutterons tant qu’il nous restera un souffle de vie. Nous perdrons peut-être des biens qui nous ont coûté une vie de labeur. Mais nous laisserons, après nous, quelque chose qui vaut mieux, un honneur intact et l’exemple du devoir accompli. »

 Pour en revenir au Chalet du Havre, la famille Tremblay a pu conserver quelques terrains dont un au bord de ce « nouveau lac ». Il a été vendu en 1978 par Raoul Tremblay à la Fédération des Monastères des Augustines de la Miséricorde de Jésus que nous avons racheté de l’Institut des sœurs du Bon-conseil de Montréal en 2017, celui-là même où vous êtes présentement.

Pour les fervents d’histoire, un documentaire d’une heure a été réalisé par l'Office national du film (ONF) portant le titre : Le combat d'Onésime Tremblay et est disponible sur Internet en cliquant ou en copiant le lien suivant : https://www.onf.ca/film/combat_donesime_tremblay/ Quelques scènes ont été filmées ici avec Charles-Eugène Tremblay, fils de Raoul et petit-fils d’Onésime directement sur plage devant vous.

Merci, à feu Monseigneur Victor Tremblay, fils d’Onésime Tremblay, fondateur de la Société historique du Saguenay sans qui l’histoire de notre région et le récit de la vie de son père ne seraient sûrement pas si bien documenté.

Recherches et rédaction : Paul Potvin                                                    

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